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Une doctorante en Sciences de l’Éducation à la Mission locale Nevers Sud Nivernais : rencontre avec Océane Vilches
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Une doctorante en Sciences de l’Éducation à la Mission locale Nevers Sud Nivernais : rencontre avec Océane Vilches

Posté par : Sandrine Lerat
Catégorie : En pratique, L'actu des partenaires, Newsletter

Océane Vilches, doctorante en Sciences de l’éducation au sein de l’Institut de Recherche sur l’Éducation, de l’Université de Bourgogne, a choisi la Nièvre et plus particulièrement la Mission locale Nevers Sud Nivernais pour mener ses travaux d’études sur l’efficacité des dispositifs d’insertion sociale et professionnelle des NEET.

Vous êtes intervenue lors de l’Assemblée Générale de la Mission locale Nevers Sud Nivernais pour présenter votre travail sur l’efficacité des dispositifs d’insertion sociale et professionnelle des NEET. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai eu l’occasion de présenter ma recherche à l’Assemblée Générale du 10 septembre. Depuis le 15 mars 2019, j’ai débuté un doctorat en collaboration avec la Mission locale Nevers Sud Nivernais dans le cadre d’une convention CIFRE. Brièvement, une convention CIFRE permet d’associer trois partenaires : un doctorant, une entreprise et un laboratoire. A travers ce partenariat, la Mission locale pourra se doter d’une expertise scientifique, développer ses activités de R&D mais aussi collaborer avec un laboratoire de recherche. Je suis salariée de la Mission locale mais je travaille la majorité du temps au sein de l’IREDU (Institut de recherche sur l’éducation) à Dijon. Ce laboratoire est spécialisé dans les travaux relatifs à l’économie et la sociologie de l’éducation. Associé au Céreq[1], il s’intéresse aussi aux questions d’insertion et de relation formation-emploi.

Comme durant cette Assemblée Générale, il a été convenu que j’intervienne régulièrement au sein de la Mission locale pour présenter l’avancée de mes travaux. Dans le cadre de ma thèse, je suis aussi amenée à discuter avec les conseillers en Mission locale. Il est important que je m’intègre pleinement à l’équipe malgré la distance. Ce sont des acteurs incontournables et je pense que c’est une réelle opportunité pour ma recherche d’avoir accès au terrain plus facilement que d’autres doctorants. Mon travail, en plus de la rédaction de la thèse, consiste à proposer des axes d’amélioration à la structure. Par exemple, j’ai récemment proposé à la direction d’apporter des changements sur un questionnaire que les bénéficiaires de la GJ devaient remplir à la fin du collectif. La thèse CIFRE permet vraiment de confronter les axes de recherche à des besoins réels.

Mon travail de recherche a pour thématique l’effet de la Garantie jeunes sur l’insertion professionnelle et sociale. Mes analyses s’appuient d’abord sur ce que l’on appelle une « méthode qualitative longitudinale » qui consiste à interroger des jeunes bénéficiaires à plusieurs reprises tout au long de l’accompagnement qui dure un an. Les jeunes ont alors la parole durant ces entretiens et je m’intéresse aussi à leur parcours antérieur, que ce soit scolaire ainsi que professionnel. Ensuite, j’ai pour projet d’interroger le public des recruteurs, ceux qui peuvent être amenés à embaucher des jeunes de la GJ. Grâce à une méthode spécifique nommée « méthode des vignettes »[2], mes résultats permettront d’éclairer le point de vue des employeurs sur l’insertion des jeunes NEET.

Pourquoi vous vous êtes intéressée à ce sujet ?

A ma connaissance, il y a eu peu d’études sur la Garantie jeunes car c’est un dispositif plutôt récent. Il a été généralisé sur l’ensemble du territoire national en janvier 2017. De plus, l’observation du dispositif GJ a été facilitée par la phase collective. En effet, durant les quatre semaines de collectif, j’ai pu participer à des ateliers et observer de plus près le fonctionnement de la GJ.

Concernant les recherches sur la Garantie jeunes, comme je l’ai dit elles sont peu nombreuses. Même si l’évaluation de la DARES en 2019 a montré des résultats positifs, il a été démontré en 2016[3] qu’un groupe de jeunes que les auteurs nomment « parcours empêchés » ne parvenaient pas à tirer profit de la GJ. En effet, ces jeunes rencontrent des problèmes à la fois physiques, psychiques, sociaux et économiques. On constate par exemple que des problèmes de santé peuvent freiner l’accès à l’emploi mais aussi leur précarité résidentielle.

C’est face à ces constats, que j’ai décidé de m’intéresser de plus près au dispositif Garantie jeunes. En concertation avec ma directrice de thèse, j’ai choisi d’apporter un nouvel angle par rapport aux travaux déjà existants. En effet, je porte un regard sur ce que l’on appelle les compétences non académiques, plus communément appelées les « savoir-être ». J’ai constaté que ce type de compétences était valorisé au sein de la GJ comme lorsque l’on incite le jeune par exemple à être plus autonome, à mieux communiquer, à travailler en équipe etc. Par ailleurs, la littérature scientifique démontre que ces compétences intéressent de plus en plus les recruteurs. A ce sujet, une enquête de Pôle emploi (2018) avait mis en avant les compétences sociales les plus attendues par les employeurs selon le secteur d’activités. Parmi celles-ci, on note entre autres la capacité à s’organiser, la priorisation des tâches mais aussi la capacité d’adaptation.

Pourquoi ce territoire ? Est ce qu’il répond à des spécificités intéressantes pour vos recherches ?

Le territoire de la Nièvre est intéressant pour ma recherche. D’abord, en termes de NEET, la Nièvre est le deuxième département de Bourgogne Franche-Comté qui en comptabilise le plus. C’est une volonté clairement exprimée que de réduire le nombre de ces jeunes. Le département s’est d’ailleurs doté d’un pôle NEET. C’est aussi une véritable préoccupation européenne. Cette volonté s’inscrit évidemment dans la lutte contre le décrochage scolaire.

Travailler sur la population nivernaise amène aussi à porter davantage mon attention sur les spécificités des populations rurales. J’ai eu l’occasion d’observer le déroulement de la Garantie Jeunes à Decize et Nevers, et l’on constate des problématiques différentes entre les deux villes. Par exemple, la question de la mobilité semble primordiale pour les jeunes de Decize puisque ne pas détenir le permis constitue un frein à l’emploi pour nombreux d’entre eux. Ces jeunes sont aussi plus confrontés à des situations d’exclusion, un chômage massif chez les jeunes femmes, un départ plus tardif du domicile parental (INJEP, 2015). 

De plus, les besoins en main d’œuvre ont des caractéristiques spécifiques à la Nièvre. On constate notamment que le secteur des services est plus représenté en comparaison au secteur de l’industrie. La Nièvre est aussi un département faiblement peuplé. La population est moins jeune que dans les autres départements de Bourgogne Franche-Comté.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cet acronyme NEET ?

Alors l’acronyme « NEET » (Neither in Employment nor in education or training) désigne les jeunes qui ne sont ni en études, ni en emploi, ni en formation. Il s’agit du public cible de la Garantie Jeunes, plus particulièrement les « NEET vulnérables ». C’est d’ailleurs la première fois que le critère de NEET est clairement utilisé dans une politique nationale d’emploi ou d’insertion. Cet acronyme a été créé en 2010 de façon à étendre les indicateurs permettant de mesurer le chômage des jeunes. En effet, on ne peut pas comptabiliser ces jeunes comme de simples chômeurs dans la mesure où ils ne remplissent pas l’ensemble des conditions mentionnées dans la définition du BIT (Bureau international du travail)[4]. Ce terme est plus ancien puisqu’il est apparu en 1996 au Royaume-Uni pour désigner ce qu’on appelle des « statut Zer0 » c’est-à-dire les jeunes de seize à dix-sept qui ne pouvaient pas prétendre aux allocations chômage alors même qu’ils ne faisaient plus partie d’un programme de formation. Il y a aussi un consensus par rapport à la tranche d’âge qui concerne les NEET. En France, il s’agit de la tranche 16-25 alors que dans la majorité des pays européens ce sont les jeunes entre quinze et vingt-quatre ans.

On entend parfois dire que les jeunes « invisibles » n’existent pas réellement ? Qu’en pensez-vous ?

Alors je n’avais jamais entendu ces dires mais il y a tout un tas de clichés autour des NEET que l’on imagine fainéants, sans projet, reclus de la société etc. Cela me fait penser aux « hikikomoris » au Japon. Ce terme désigne pour la plupart des hommes qui vivent reclus chez eux depuis plus de six mois. Ils ne bénéficient généralement pas d’aide de la part de leurs parents et restent seuls.

Je pense que le terme « NEET » est très réducteur car il ne tient pas compte de plusieurs aspects comme l’expérience ou encore le rapport à l’emploi. De plus, la triple négation qui est employée réduit ces jeunes à des personnes « sans statut » alors que les profils des NEET sont très hétérogènes. En effet, il peut désigner des chômeurs de longue durée mais aussi des chômeurs de courte durée qui viennent d’entrée sur le marché du travail. A ce sujet, une étude d’Eurofound (2012) avait identifié cinq sous-catégories chez les NEET qui témoignent de leur hétérogénéité. Parmi ces sous-catégories, il y avait par exemple des jeunes « indisponibles » sur le marché de l’emploi du fait de leur situation de handicap notamment, des jeunes « désengagés » qui ne cherchent pas d’emploi ou de formation mais aussi des NEET « volontaires » qui partent voyager.


[1] Centre d’études et de recherches sur les qualifications.

[2] Méthode explicitée dans l’ouvrage d’Auspurg et Hinz (2015). Il s’agit d’une enquête factorielle qui permet de mesurer les décisions et les jugements des individus. Dans notre cas, nous allons demander aux recruteurs d’évaluer des CV fictifs, nommés « vignettes » et d’attribuer un score entre 0 et 100 pour indiquer la probabilité de proposer un entretien d’embauche à chacun des CV. Dans chaque « vignette », nous allons faire varier différentes dimensions telles que le genre, l’expérience professionnelle ainsi qu’un ensemble de compétences non académiques. Nous supposons que l’ensemble des CV correspond à des jeunes d’un niveau CAP/BEP.

[3] Marie Loison-Leruste, Julie Couronné, François Sarfati. La Garantie jeunes en action. Usages du dispositif et parcours de jeunes. [Rapport de recherche] n° 101, Conservatoire national des arts et métiers – CNAM; Centre d’études de l’emploi et du travail – CEET. 2016, 133 p.

[4] Un chômeur au sens du BIT est une personne de 15 ans ou plus, n’ayant pas eu d’activité rémunérée lors d’une semaine de référence, disponible pour occuper un emploi dans les 15 jours et qui a recherché activement un emploi dans le mois précédent (ou en a trouvé un commençant dans moins de trois mois).

Auteur : Sandrine Lerat